- The Trade Hub
- Contrôles et sanctions
Contrôles et sanctions
Système de benchmarking pays (risque standard/élevé/faible), contrôles par les autorités compétentes, mesures correctives et sanctions.
Le système de benchmarking pays (article 29)
Le mécanisme de benchmarking pays est l'un des dispositifs les plus structurants du EUDR. L'article 29 prévoit que la Commission européenne classe chaque pays (ou partie de pays) en trois catégories de risque, ce qui détermine l'intensité des contrôles.
Les trois niveaux de risque
| Catégorie | Taux de contrôle minimum | Conséquences pour les opérateurs |
|---|---|---|
| Risque faible | 1 % des opérateurs + 1 % des lots | Diligence raisonnée simplifiée (article 13) possible |
| Risque standard | 9 % des opérateurs + 9 % des lots | Diligence raisonnée complète obligatoire |
| Risque élevé | 18 % des opérateurs + 18 % des lots | Diligence raisonnée renforcée, contrôles approfondis |
Critères de classification des pays
La Commission évalue les pays selon les critères suivants (article 29, paragraphe 3):
- Taux de déforestation et de dégradation forestière: données quantitatives sur la perte de couvert forestier
- Taux d'expansion des terres agricoles: en lien avec la production des sept matières premières
- Tendances de production: évolution des volumes de production des matières premières concernées
- Cadre législatif: qualité de la législation forestière, foncière et environnementale du pays
- Application de la loi: effectivité de la mise en oeuvre de la législation (capacités d'enforcement)
- Gouvernance: niveaux de corruption, respect des droits fonciers des populations autochtones
- Engagements internationaux: ratification et respect des accords environnementaux (Accord de Paris, etc.)
- Données de la FAO: statistiques de la FAO sur les ressources forestières mondiales
État actuel du benchmarking
En avril 2026, la Commission européenne n'a pas encore publié la classification officielle des pays. Tant que le benchmarking n'est pas finalisé:
- Tous les pays sont traités comme étant à risque standard
- La diligence raisonnée simplifiée n'est pas encore applicable
- Les taux de contrôle de 9 % s'appliquent par défaut
Pays à surveiller: Des pays comme le Brésil, l'Indonésie, la République démocratique du Congo, la Côte d'Ivoire et le Paraguay sont susceptibles d'être classés à risque élevé pour certaines matières premières. À l'inverse, des pays européens ou des pays à faible couvert forestier pourraient être classés à faible risque.
Autorités compétentes (article 14)
Désignation par les États membres
Chaque État membre doit désigner une ou plusieurs autorités compétentes chargées de la mise en oeuvre du EUDR (article 14). Ces autorités doivent disposer de ressources humaines, financières et techniques suffisantes.
En France: l'autorité compétente est la Direction générale des douanes et droits indirects (DGDDI), en coordination avec le ministère de la Transition écologique.
Missions des autorités compétentes
Les autorités compétentes sont chargées de:
- Contrôler les opérateurs et leurs déclarations de diligence raisonnée
- Mener des enquêtes en cas de soupçon de non-conformité
- Prononcer des mesures provisoires et correctives (articles 23-24)
- Appliquer les sanctions prévues par l'article 25
- Coopérer avec les autorités d'autres États membres et avec la Commission
- Publier des informations sur les contrôles effectués et les sanctions prononcées
Les contrôles (articles 18-22)
Contrôles des opérateurs (article 18)
L'article 18 définit le cadre des contrôles effectués par les autorités compétentes. Les contrôles portent sur:
Contrôles documentaires:
- Vérification des déclarations de diligence raisonnée dans le système d'information
- Examen des documents de traçabilité (contrats, factures, connaissements)
- Vérification de la cohérence des données (volumes, dates, origines)
- Contrôle des coordonnées GPS et croisement avec les données satellites
Contrôles physiques:
- Inspection des marchandises et des entrepôts
- Prélèvement d'échantillons pour analyse (détermination de l'origine, ADN, isotopes)
- Vérification de la correspondance entre les documents et les marchandises physiques
Contrôles sur le terrain:
- Vérification des parcelles de production déclarées
- Audit des installations de transformation
- Interviews des fournisseurs et producteurs
Contrôles basés sur le risque (article 16)
Les contrôles ne sont pas aléatoires: ils sont fondés sur une analyse de risque (article 16). Les facteurs de risque incluent:
- Le niveau de risque du pays de production (benchmarking)
- L'historique de conformité de l'opérateur
- Les signalements reçus (préoccupations étayées)
- La nature du produit (certaines filières sont plus à risque)
- Les alertes satellites détectées par le système de surveillance
- Les informations issues de la coopération internationale
Taux de contrôle plancher
Le règlement fixe des taux de contrôle minimum par catégorie de risque pays:
| Risque pays | Contrôle des déclarations | Contrôle des lots |
|---|---|---|
| Faible | au moins 1 % | au moins 1 % |
| Standard | au moins 9 % | au moins 9 % |
| Élevé | au moins 18 % | au moins 18 % |
Ces taux sont des planchers: les autorités compétentes peuvent décider de contrôler davantage si les circonstances l'exigent.
Coopération douanière (article 26)
Les autorités douanières jouent un rôle complémentaire dans les contrôles:
- Vérification de la présence du numéro de référence EUDR dans les déclarations en douane
- Suspension de la mainlevée en cas de doute
- Communication des informations aux autorités compétentes EUDR
- Contrôle physique des marchandises à la frontière
Mesures provisoires et correctives
Mesures provisoires (article 23)
L'article 23 permet aux autorités compétentes de prendre des mesures provisoires immédiates en cas de soupçon de non-conformité:
- Saisie des marchandises: les produits suspectés non conformes sont saisis et placés sous séquestre
- Interdiction de mise sur le marché: interdiction temporaire de commercialiser les produits
- Suspension de l'activité: suspension temporaire de l'activité de l'opérateur pour les produits concernés
- Gel des transactions: interdiction de vendre ou de transférer les produits suspects
Ces mesures sont provisoires et doivent être confirmées ou levées après examen approfondi.
Mesures correctives (article 24)
Si la non-conformité est confirmée, l'article 24 prévoit des mesures correctives:
| Mesure | Description |
|---|---|
| Rappel du produit | Retrait du marché de tous les produits non conformes |
| Mise en conformité | Obligation pour l'opérateur de prendre des mesures correctives dans un délai fixé |
| Destruction | En dernier recours, destruction des marchandises non conformes |
| Don à des fins caritatives | Alternative à la destruction, si les produits sont utilisables |
| Réexportation | Renvoi des marchandises hors de l'UE (dans certains cas) |
Sanctions (article 25)
L'article 25 impose aux États membres de prévoir des sanctions effectives, proportionnées et dissuasives pour les violations du EUDR.
Types de sanctions prévues
Sanctions financières:
- Amendes proportionnées au chiffre d'affaires de l'opérateur
- Le montant maximal doit être au moins 4 % du chiffre d'affaires annuel de l'opérateur dans l'État membre concerné
- La sanction doit être supérieure à l'avantage économique tiré de l'infraction (le crime ne doit pas payer)
Sanctions administratives:
- Confiscation des produits non conformes et des revenus tirés de leur commercialisation
- Exclusion temporaire des procédures de marchés publics et des financements publics
- Exclusion temporaire de l'accès au système d'information EUDR (ce qui empêche de fait toute nouvelle importation/exportation)
- Interdiction de mettre des produits concernés sur le marché pour une période déterminée
En cas de récidive: Les sanctions sont aggravées en cas d'infractions répétées. Les États membres peuvent prévoir des sanctions pénales si leur droit national le permet.
Publicité des sanctions
Les autorités compétentes peuvent publier les sanctions prononcées (name and shame), ce qui constitue un puissant incitatif de conformité pour les entreprises soucieuses de leur réputation.
Préoccupations étayées (article 31)
L'article 31 introduit un mécanisme de préoccupations étayées (substantiated concerns), véritable outil de veille citoyenne et professionnelle.
Qui peut signaler?
Toute personne physique ou morale peut soumettre une préoccupation étayée aux autorités compétentes:
- ONG environnementales et de droits humains
- Concurrents
- Lanceurs d'alerte internes
- Populations autochtones et communautés locales
- Journalistes d'investigation
- Tout citoyen européen
Contenu du signalement
La préoccupation doit être étayée, c'est-à-dire appuyée par des éléments factuels:
- Preuves documentaires (photos satellites, témoignages, rapports)
- Identification de l'opérateur concerné
- Description de la non-conformité suspectée
- Éléments permettant de localiser les produits concernés
Obligation de réponse
Les autorités compétentes sont tenues de:
- Examiner chaque préoccupation étayée dans un délai raisonnable
- Informer l'auteur du signalement des suites données
- Protéger l'identité du signalant (protection des lanceurs d'alerte)
- Prendre des mesures si la préoccupation est fondée
Accès à la justice (article 32)
L'article 32 garantit un droit d'accès à la justice pour les personnes ayant soumis des préoccupations étayées. Si les autorités compétentes n'agissent pas de manière adéquate, le signalant peut saisir un tribunal pour contester l'inaction.
Coopération internationale (article 30)
L'article 30 prévoit une coopération entre l'UE et les pays producteurs:
- Assistance technique: aide à la mise en place de systèmes de suivi forestier
- Renforcement des capacités: formation des administrations locales
- Dialogue: consultations régulières avec les pays producteurs sur la mise en oeuvre du EUDR
- Financement: soutien financier pour la transition vers des pratiques durables
Préparation aux contrôles EUDR
Questions fréquentes
- Quel est le montant maximal des amendes EUDR ?
- L'article 25 prévoit que le montant maximal de l'amende doit être au moins 4 % du chiffre d'affaires annuel de l'opérateur dans l'État membre concerné. Les États membres peuvent prévoir des sanctions plus élevées. L'amende doit en tout cas être supérieure à l'avantage économique tiré de l'infraction.
- Les contrôles sont-ils aléatoires ou ciblés ?
- Les contrôles sont fondés sur une analyse de risque (article 16), pas aléatoires. Les facteurs de risque incluent le niveau de risque du pays d'origine, l'historique de l'opérateur, les signalements reçus et les alertes satellites. Cependant, les taux de contrôle minimum (1 %, 9 % ou 18 % selon le risque pays) garantissent un volume de contrôles systématique.
- Que se passe-t-il si mes marchandises sont saisies en douane ?
- Si les autorités douanières suspendent la mainlevée de vos marchandises pour non-conformité EUDR, les marchandises sont placées sous séquestre. Vous serez informé et aurez la possibilité de fournir des éléments de preuve. Si la non-conformité est confirmée, les marchandises peuvent être confisquées, rappelées, réexportées ou détruites selon la gravité.
- Peut-on être exclu des marchés publics pour non-conformité EUDR ?
- Oui. L'article 25 prévoit explicitement la possibilité d'exclure un opérateur des procédures de marchés publics et des financements publics en cas de violation du EUDR. Cette sanction peut être particulièrement impactante pour les entreprises qui dépendent des commandes publiques.
- Qui peut soumettre une préoccupation étayée ?
- Toute personne physique ou morale peut soumettre une préoccupation étayée aux autorités compétentes (article 31). Cela inclut les ONG, les concurrents, les lanceurs d'alerte, les communautés locales, les journalistes ou tout citoyen. Le signalement doit être appuyé par des éléments factuels et l'identité du signalant est protégée.